Voilà une nouvelle rédigée dans le cadre d'un concours en octobre. Le thème était « Une étrange rencontre entre Mons et Tanneron » pour 10 pages maximum. 
Lorsque je l'ai écrite, je réfléchissais à la cause des femmes battues... A l'affaire Jacqueline Sauvage...
Bref, texte à découvrir ci-dessous pour une dizaine de minutes de lecture.

Vos retours sont les bienvenus !

 

Nouvelle vie à Montauroux

 

Après sa séparation d’avec Michel, Monique avait décidé de déménager. Après 50 ans dans le nord dont 30 à la botte d’un pervers narcissique au gros bide et à l’haleine fétide, il était temps de s’écouter. Le choix du départ ne fut pas simple, mais en réfléchissant rapidement, elle n’avait pas vraiment d’attache. Si elle voulait garder la maîtrise de sa décision, elle devait partir loin de lui et vite. Battre le fer tant qu’il est encore chaud. Quelque part, elle avait peur de faiblir… De retomber dans ses filets. Michel. Le Michel de ses espoirs d’adolescente s’était transformé en tortionnaire moral. Et elle avait accepté et subit depuis le début. De toute manière qu’aurait-elle pu demander de mieux ? Elle était déjà heureuse d’avoir pu intéresser quelqu’un… C’était toujours mieux que de finir seule et vieille fille. Avec du recul, quelle perte de temps. Il n’avait même pas réussit à lui faire d’enfant, un vrai gâchis.  Si elle avait su…

Se lamenter ne servait plus à rien, il fallait agir ! C’est pourquoi, lorsqu’elle décida de s’enfuir  au beau milieu de la route des vacances – les seules en 30 ans - en lui disant simplement qu’elle partait, elle monta sans trop se poser de questions dans le premier bus de tourisme qui s’arrêta. Elle se fichait bien de la direction, le principal étant de s’éloigner d’ici, de son bourreau. Le retour en arrière était inconcevable. Il fallait se détourner de lui, de cette vie qui ne lui ressemblait pas, et dans laquelle elle s’était contrainte et forcée tout ce temps.

-       Un aller simple s’vous plait.

-       Pour où donc m’dame ?

Ah mince, sacré question, vite, il va où ce bus…

-       Heu, le terminus.

-       Ça fera 50€ ma ch’tite dame. Terminus, Montauroux.

-       50€… Montauroux… ?

C’était le prix de la liberté… Montauroux, jamais entendu parlé.

-       Tenez pour le billet. J’peux m’asseoir où j’veux ?

-       Ben voyons ma ch’tite dame, vous croyez qu’on a des premières classes ici ? Non, c’est tout le monde pareil, on est dans un bus LO COSTE.

Elle s’installa à proximité du chauffeur, contre une vitre, pour voir les paysages défiler. Un peu comme sa vie. Montauroux. Où c’est qu’c’était ça Montauroux ? Un bus LO COSTE… Finalement, elle allait peut-être bien arriver au bord de mer comme elle l’espérait. Bien sûr, LO COSTE, ça devait vouloir dire « la côte » en anglais. Cette traduction la réconforta.

Elle réussit à s’assoupir un peu. Entre deux somnolences, elle ne pouvait s’empêcher de réfléchir à sa destinée… Elle était abonnée à « femme actuelle », et à « voici », son seul luxe vu sa paie misérable. Michel avait le tuning en passion, et elle les magazines pour s’évader du quotidien. Elle lisait tous les articles hebdomadaires sur les régimes, les manières de faire 10 ans de moins, les maladies graves qu’on risquait d’avoir – et qu’elle pensait développer par dizaine - et les personnes nocives. Mais jusqu’à présent, elle avait eu des œillères. Il avait fallu qu’elle remporte cette semaine de vacances à la mer au supermarché du coin pour prendre en pleine face la médiocrité de sa vie avec Michel. En 30 ans de vie commune, la perspective de cette escapade dans le sud était un des seuls bonheurs qu’elle avait connu. Mais comment avait-elle pu se voiler autant la face ? Quelle bourrique.

***

Michel ne comprenait rien. Monique lui avait dit « je pars », et elle était partie, là au bord de la route. Qu’est-ce qu’c’était donc cette affaire. C’était bien la première fois qu’elle faisait quelque chose sans lui demander. Et en plus sur le chemin des vacances ? Bon d’accord, il lui avait dit de la fermer, mais quand même. C’était comme d’habitude, donc ça pouvait pas être ça. Ou alors, elle en avait marre de leur Talbot Horizon GT de 1987 ? Non, impossible, c’était la meilleure voiture au monde, même Roger, son voisin, ne le disait pas ouvertement, mais il n’en pensait pas moins - jalousie. Enfin, bon, ben c’était pas grave. Il partirait en vacances lui, dans ce super camping tous frais payés. Il pourrait reluquer des filles à foisons, jouer à la pétanques, boire des pastis. Et tant pis pour Monique, il la retrouverait à son retour dans une semaine, et elle entendrait parler du Pays, foi de Michel ! Comment avait-elle osé prendre une décision seule… Ah ces bonnes femmes.

***

            -Terminus !

Monique se réveilla en sursaut ! Les kilomètres et les heures avaient défilés d’une traite. C’était le petit matin. Ca y’est, elle était arrivée. Vite, sortir et aller voir la mer, symbole de sa nouvelle liberté.

-       Au revoir m’sieur, merci.

-       Au revoir ma ch’tite dame.

Il lui fit un clin d’œil et un sourire qui lui montèrent le rouge aux joues. C’est qu’elle avait pas l’habitude de côtoyer beaucoup d’homme, en dehors de son mari, et du patron de l’usine où elle travaillait. Il y avait bien, Roger le voisin, mais bon, elle parlait quand même plus à sa femme.

Elle descendit du bus avec la seule valise qu’elle avait prise. En même temps, elle avait pas tant d’affaires que ça. C’était les mêmes depuis près de 15 ans, depuis qu’elle avait stabilisé son poids, grâce aux nombreux conseils de « femme actuelle ». Bon c’était toujours trop, mais c’était déjà mieux qu’avant.

La première chose qu’elle remarqua, c’est le clocher de l’église. Ça la rassura, elle pourrait aller à la messe ici aussi. Puis elle fit une rotation à 360° pour découvrir le village qui l’entourait. Ma foi, c’est qu’il était vraiment mignon. Beaucoup plus chaleureux que celui d’où elle venait. Elle tourna encore une fois sur elle-même, puis une 3ème fois. Des montagnes. Elle était entourée de montagnes. Ben ça alors. Où pouvait bien se cacher la côte ? Au même instant, son téléphone sonna. Ça ne pouvait être que lui. Elle hésita, eu envie de décrocher, mais non. Plus tard peut-être. Il n’allait pas gâcher la joie de sa découverte.

Elle prit le temps de traverser les nombreuses ruelles. Elle s’extasiait devant les fontaines et les gens qu’elle croisait avec un sourire accroché aux lèvres. Un havre de paix. Tant pis pour la mer qu’elle ne trouvait point, elle demanderait plus tard. Vibration. C’était un message. Elle voulait éviter de regarder, mais ne réussit à tenir… Elle s’assit sur un banc et inspira un grand coup.

J’sais pas c’que tu m’as fait la Monique, mais crois-moi que le camping c’est le régal. Tant pis pour ta gueule. Moi j’profite. Et t’auras pas intérêt à l’ouvrir quand je rentre grosse vache.

Voilà, en 4 lignes de texto, un condensé de ce qu’était sa vie. Habituellement, ça ne lui faisait plus rien. Mais là, dans le contexte, la boule d’émotions coincée dans son bide depuis trop longtemps remonta dans sa gorge. Les vannes des larmes s’étaient ouvertes avec une violence qu’elle n’aurait pu imaginer. L’évidence lui sautait aux yeux. Elle avait été faible trop longtemps. Ça lui avait couté 30 ans. 30 putains d’années.

-       Madame ?

Une personne qui devait avoir sensiblement le même âge qu’elle s’était approchée. Elle lui avait mis la main sur l’épaule.

-       Madame, je peux vous aider ?

Monique n’osait pas la regarder. Elle devait être dans un état. L’inconnue s’assit à côté d’elle et ne dit plus rien. Elle lui prit juste la main et la lui serra. Un geste qui en disait long. Une main tendue pour Monique, qui n’avait jamais pu compter que sur elle-même. Cette main, elle la serra fort en retour. Cet échange, sans mots, voulait tout dire. Pour Monique, c’était le début d’une nouvelle ère. Elle y arriverait. Tant pis pour la mer.

***

C’est qu’elle se fou vraiment d’ma gueule, la Monique, même pas qu’elle me répond ! Elle va voir quand je vais rentrer. J’vais peut-être devoir sévir comme Roger. Peut-être que les mots ça suffit plus. J’vais devoir commencer à la rosser. Ah ces femmes, et après elles disent que c’est d’notre faute. Toutes les mêmes. J’vais lui arrêter ses magazines à 2 balles, aussi, non mais. Et puis, si elle me fait chier, elle mangera moins aussi, en plus ça lui fera pas d’mal. Quand je vois les p’tites poulettes ici… Halala, et la vache que je me paie. Ma foi, faudra qu’elle fasse un effort pour me plaire plus si elle veut que je la garde encore.

-       Gros porc, tu veux ma photo ! Casse-toi !

Ah merde, il s’était fait prendre par la petite jeune qu’il était en train de reluquer. C’est vrai qu’il était pas discret… Mais en même temps, elles faisaient tout pour qu’on les regarde ces filles faciles. Et après, elles râlaient. N’importe quoi. Putain, les femmes c’était vraiment compliqué. On aurait jamais dû leur donner ni le droit de vote, ni le droit d’avoir un compte en banque. Mais quelle connerie cette égalité.

***

La rencontre avec Nadine fut le déclencheur. Les mois passèrent, presque dix-huit, et Monique prit sa place à Montauroux. Au début, sensible à son histoire, Nadine l’hébergea. Puis Monique, en femme active trouva rapidement un emploi et pu ainsi, avoir son propre logement. Elle ouvrit sa propre biscuiterie, un rêve de jeunesse. Sa liberté, enfin elle savourait. Le poids qu’elle avait accumulé toutes ces années au fond d’elle était parti, aussi bien moralement que physiquement. C’était une Monique transformée, qui œuvrait sans comptait pour son prochain. Même si son passé l’avait marqué, elle irradiait de bonheur.

-       Monique, te rends-tu compte du chemin parcouru depuis ton arrivée ici ?

Monique soupira en amenant sa tasse de thé à ses lèvres.

-       J’ai l’impression que c’était il y a des années Nadine… Je ne pourrais jamais assez te remercier.

-       Tatata, arrête de remercier les autres. Remercie-toi !

-       Bah, sans toi…

-       Monique ! Qui a pris la décision de partir ? C’est moi ?

-       Heu, non…

-       Ben voilà. Combien de fois je vais devoir te le répéter.

Nadine avait son sourire bienveillant, comme toujours. Une perle. Une fée. Une âme chaleureuse.  Non, un ange croisé au hasard des chemins.

-       Tu as décidé TOI de partir et de TE délivrer. Personne d’autres que TOI n’aurait pu faire ce choix à ta place. Prends conscience du courage que tu as eu ! C’est tellement dur de sortir des filets d’un pervers narcissique. Alors, tu as mis du temps, oui c’est vrai…

-       Du temps, 30 ans Nadine… 30 années…

-       Oui, 30 ans. Mais tu aurais aussi pu ne jamais rien changer et rester dans ta prison.

-       Je sais….

-       Tu es un exemple Monique, un exemple pour de nombreuses femmes dans ton cas. Des femmes battues, harcelées, qui se taisent, qui subissent cette pression masculine d’une autre époque. Des femmes qu’on avilie, c’est un esclavage des temps moderne Monique. On leur fait croire qu’elles ne sont bonnes à rien, et on les étouffe. On les enferme pour que leur petite flamme intérieure n’ai plus d’oxygène et soit la plus minuscule possible… Et toi, et ben toi, tu as su dire stop à tout ça ! Il t’a fallu un courage hors norme pour tout quitter et tout recommencer… Surtout dans un endroit que tu ne connaissais pas. Pour tout ça, je t’admire.

-       C’est vrai que si on m’avait dit qu’il n’y avait pas la mer ici…

Elles partirent d’un éclat de rire à ce souvenir. A l’époque, Monique était tombée des nus. Puis elle avait découvert le Lac, c’était pas pareil, mais ça suffirait à son épanouissement.

-       Tu sais Nadine, ça va te paraitre dingue, mais des fois, je me demande si on n’a pas des anges gardiens qui veillent sur nous.

-       Des anges gardiens ?

-       Oui… C’est-à-dire que cette décision, je suis pas sure que j’aurais pu la prendre seule tu vois… J’ai dû être poussée par quelque chose.

-       Oui, par le ras-le-bol. Bon et sinon, tu sais que l’article sors demain ?

-       Demain, déjà ?

-       Oui, « Monique, femme de l’année, un exemple d’espoir » sur Femme Actuelle ! C’est incroyable.

-       Incroyable, comme tu dis.

Monique était songeuse. Pas complètement réjouie. Au fond d’elle, une mauvaise appréhension germait. Elle n’aimait pas cette sensation qui naissait au fond de ses tripes.

-       Hey Monique, tu imagines, en quelques mois ce que tu as fait ? Non seulement tu as recommencé ta vie à zéro, mais en plus, tu t’es engagée dans pas moins de dix associations sur ton temps libre pour aider les autres. Sois fière de toi ! Moi en tout cas, je le suis pour toi.

-       Oui, oui, je suis fière… Merci, merci d’être à mes côtés et d’avoir cru en moi.

Mais le cœur n’y était pas… Elle était bien dans sa vie d’anonyme. Demain elle serait à la une de toutes les presses nationales…Et si Michel la voyait… Peu probable mais tout de même…

***

-       Michel, faut que tu vois ça sacrebleu d’bonsoir !

Roger jeta un journal sur la table de sa cuisine.

-       Qu’est ce tu veux qu’jen ai à foutre d’un femme actuelle moi ?

-       Mais regarde que je te dis ! Y’a Monique dedans !

-       Monique ? Monique ??? Arrête de boire de la bibine Roger, ça te réussit pas.

-       Mais regarde que j’te dis, en plus elle parle de toi…

Autant dire qu’il se précipita sur le magazine ! Il tourna les pages, plus vite les unes que les autres, pour enfin arriver à la fameuse double page « la femme de l’année ». Ses jambes lâchèrent, il se rattrapa comme il put à la table et regarda Roger, interrogatif.

-       C’est bien elle bon sang.

-       Ouai ! Michel, tu peux pas laisser passer ça… Ca fait plus d’un an qu’elle est partie.

-       Un an et demi Roger, un an et demi… Je la croyais morte, dans un coin…à nourrir la vermine. Mais non… Elle était là…Comment…

Michel en perdait ses mots. Pour lui, c’était inenvisageable. Monique avait dû se perdre et faire une mauvaise rencontre en rentrant chez eux. Jamais il n’aurait pensé qu’elle puisse partir pour aller ailleurs de son propre chef.

-       Michel, faut que t’aille la chercher.

Il n’écoutait qu’à moitié. En lui bouillait une rage indéfinissable. Comment avait-elle pu se moquer de lui à ce point. Et en plus, elle avait minci !

-       C’est pas fini, faut qu’tu lises Michel. C’est pas joli joli ce qu’elle dit dedans.

-       Je vais pas lire ces conneries quand même !

-       Bah, fais comme tu veux, mais m’est d’avis que tu ferais bien d’y jeter un œil. Tu comprendras à quelle point elle était… machiavéltrique… heu je suis pas sur du mot là, tu comprends. Elle avait tout réfléchit !

-       Non, je comprends pas ton mot Roger. Ce que je comprends par contre, c’est que j’vais aller la chercher de ce pas. Et qu’elle va devoir faire de bonnes excuses. Putain, 1 an et demi qu’elle m’a laissé… cette salope !

***

Depuis hier, Monique recevait des messages par dizaines. Les principaux venaient de femmes la remerciant pour son témoignage. Elle prouvait, par son témoignage, qu’un changement était possible. Elle était émue de voir le bien qu’elle pouvait apporter par ce biais. A l’approche de Noël, l’espoir, un mot si simple et si important à la fois prenait tout son sens. Son expérience était utile. Elle ne s’était pas recluse 30 ans pour rien. Son histoire servirait à d’autres : elles rompraient leurs chaînes plus vite qu’elle.

***

Michel fulminait dans sa Talbot GT, le pied à fond sur le champignon. Incroyable, comment avait-elle osé commettre cette faute, puis ensuite se pavaner dans les magazines en le discréditant ! Dix-huit satanés mois qu’il était sans femme à la maison, qu’il devait tout faire. Et madame se la coulait douce, où ça déjà ? MONTAUROUX ? C’était sans compter que ça faisait autant de temps qu’il n’avait pas pu se décharger comme il faut dans une femme. Même si elle était pas belle, elle était bien utile au moins pour ça, sa Monique. Là, des mois d’accumulation lui portaient sur les nerfs. C’est que c’était pas si facile de trouver d’autres femmes qui voulaient bien de lui. Pourtant il se trouvait plutôt beau gosse même à 52 ans. Il avait même essayé avec celle de Roger, sur un malentendu… Mais non.  Fallait pas qu’il l’apprenne d’ailleurs, sinon ça sentirait le roussit entre les deux voisins.  Et une prostituée, il n’avait pas les moyens. C’était impardonnable ça.  Monique allait le payer, elle était encore sa femme ! Les cannettes de bières vides s’entassaient sur le siège passager. Plus que 300 km, et elle reviendrait à lui.

***

Monique était en pleine préparation des cookies de Noël, à vendre sur le marché. Les bénéfices iraient à plusieurs associations locales. Elle s’affairait depuis  six heure du matin. Quel plaisir de donner aux autres. C’était bien plus gratifiant et valorisant que de recevoir. Oui, elle avait loupé trente ans… Mais si elle échappait au diabète, aux multiples cancers possibles, au sida, à la cécité, à la sclérose en plaque, au chikoungounya, au paludisme, à la syphilis et autres maladies qu’elle avait repéré dans ses lectures, elle pouvait espérer continuer de se rendre utile au moins encore vingt ans, sinon plus. Elle n’avait pas tout perdu. Elle qui n’avait pas d’enfants s’était vue devenir la nouvelles grand-mamy gateau de nombreux enfants du village. Certains passaient après l’école ou le week-end, pour papauter et lui chiper un de ses biscuits dont elle avait le secret. Le bonheur était simple finalement, il suffisait de se le construire soi-même. La « biscuiterie du cœur » de Monique en étant la preuve vivante. Sa boutique avait pignon sur rue et les commandes affluaient de la France entière.

***

Quand je vais lui mettre la main dessus. Elle regrettera d’être née sacrebleu !

***

  La dernière fournée était prête.

- Tiens Nadine, prends les. Il y en a 2500, je pense que ça ira pour le marché de Noël.

- Tu es un amour Monique. Merci. Merci d’être qui tu es.

Elles se serrèrent dans les bras l’une de l’autre, comme de vieilles amies.

- Aller file, il est tard. Je vais ranger ma cuisine, et me coucher. Je me régale à faire tous ces gâteaux mais je suis épuisée. Et nous devons prendre des forces pour demain.

Nadine pris le panier et pris congés.

-       Bonsoir Monique.

Le sang de Monique se glaça. Cette voix… Son pire cauchemar… Elle ne voulait pas se retourner. Elle ne voulait pas le rendre concret, non. Pas maintenant. Jamais. C’était son passé. Il devait rester derrière. Il ne pouvait pas la rattraper, pas après tout ce qu’elle avait fait pour s’en sortir. La porte claqua.

-       J’ai dit BONSOIR MONIQUE.

Des larmes silencieuses coulèrent le long de ses joues. Le plan de travail la maintenait debout, à la force de ses bras. Ses jambes étaient en mousse. Pourquoi. Pourquoi lui faire ça. Nadine avait raison. Il n’y avait pas d’anges gardiens…

-       J’vois qu’tu t’amuses bien ici… Espèce de morue !

Ces mots réveillaient en elle des souvenirs enfouis, de ceux qu’elle espérait condamner à tout jamais dans les abysses de son âme.

Puis un fracas, il avait jeté la chaise devant lui sur le côté. Monique sursauta et se retourna. Ce visage… Elle l’avait presque oublié. Il était rempli de haine, encore plus qu’auparavant, elle aurait pu le jurer.

-       Tu sais qu’tu vas revenir avec moi Monique. Comment qu’ta pu croire que tu pouvais décider d’partir comme ça. J’croyais qu’était morte. Non pas q’jen fut triste. C’est juste qu’tu vois, ben à la maison, c’était pas pareil.. Et puis, vilaine, tu sais c’que c’est toi la solitude d’un homme, t’sais pas hein. On va rattraper le temps perdu d’suite ma vache. T’e moins grosse mais t’es toujours aussi moche. Pas grave va.

Son regard pervers la dégoutait… Mon Dieu. Comment allait-elle se sortir de cette situation. Il s’approcha d’elle et automatiquement, elle eu un mouvement de recul.

-       Joue pas à ça Monique, t’es ma femme, tu m’appartiens. Et tu vas m’donner ce dont tu m’as privé trop longtemps d’suite.

Non, impossible… Pourquoi n’arrivait-elle pas à crier. Elle était figée, comme quelqu’un qui attend son sort, résignée, ou apeurée. Les deux à la fois. Bloquée. Sa voix n’était qu’un mince filet.

-       Je ne reviendrais jamais Michel. S’il te plait, fait demi-tour et laisse-moi tranquille dans cette nouvelle vie…

A ces mots, il bondit sur elle, tel un ours affamé et la roua de coups. C’était sans compter que Monique avait prévu cette situation depuis la parution de l’article. A un moment, elle prit son poids en pleine face. D’abord un poids violent, puis un poids qui devenait de plus en plus lourds. Il réussit à bouger la tête et à la tourner vers elle, avec un regard haineux et interrogatif… Elle le repoussa de toutes ses forces… Un liquide rouge coulait de son abdomen… Les couteaux du chef Etchebest avaient fait leur travail. Heureusement qu’elle avait écouté son instinct primaire, et qu’elle en gardait un sur elle 24/24 depuis la parution de l’article.

-       Especcccce…..de….. sal…… p…….

Michel gisait, dans la cuisine, au milieu des odeurs de pâtisseries et des décorations de Noël. Le tableau était déroutant. Elle profita de l’ultime lueur de vie dans ses yeux pour lui adresser ses dernières paroles.

-       C’était toi ou moi Michel… Toi ou moi… Je te demandais juste de me laisser tranquille. Joyeux Noël, Michel. La grosse vache va se coucher.

Elle rangea sa cuisine, puis monta à l’étage. Un nouveau combat commencerait le lendemain, il fallait prendre des forces.